C’est Spiegelman qui l’a dit

« J’aime la bande dessinée. J’aime ce média. Et j’aime ce qu’on y fait depuis le 19e siècle et jusqu’à nos jours. Mais à un moment donné j’aimerais aussi que la bande dessinée ce soit aussi le média qui raconte autre chose que des petites histoires comiques ou des grandes histoires d’aventure. »

Art Spiegelman dans The Guardian

Vehlmann fait respirer Gazzotti

Expérimentation sympathique dans le Spirou 4306 (21 octobre 2020). Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, les auteurs de Seuls, se lancent dans un récit court, qui tout en faisant référence à leur série phare en est complètement détaché (vous me suivez ?). « J’avais besoin de m’octroyer une respiration, avec des histoires plus rapides à réaliser », explique Gazzotti au journal de Spirou. Ça s’appelle Souvenirs des limbes, le premier épisode tient sur un format exigeant et contraignant de sept pages. Vehlmann invoque Black mirror ou la Quatrième dimension comme références. Ce n’est pas tout à fait convaincant, sans être totalement pas convaincant (là aussi vous me suivez ?). 

Papa Sfar

Interview érythème fessier de Joann Sfar sur le site magicmaman au sujet de la paternité et dont on retient cette réponse de papa Sfar : « Je ne suis pas franchement un combattant. Mon quotidien, c’est faire des dessins, promener mon chien, jouer avec mon bébé et voir des amis de temps en temps. Pour comparer, je dirais que j’ai une vie de berger des Pyrénées, sauf qu’à la place de moutons, j’ai mes dessins. »

Mise au point à la ligne (claire)

Floc’h, le maître du trait évident et limpide, le dessinateur qui renouvelle après chaque coup de crayon la ligne claire, revient justement sur France Culture dans l’émission de Tewfik Hakem sur cette idée de ligne claire dont Hergé serait l’inventeur : « Cette expression de ligne claire m’énerve un tout petit peu. On essaie d’en faire un groupe artistique alors qu’il y avait très peu de points communs entre nous, excepté peut-être cette ligne. Mais cela me gêne parce que la ligne claire ne date pas de Hergé. On a l’impression qu’on nous la fait commencer à cette époque-là, mais on peut remonter beaucoup plus loin. Vous pensez bien qu’on peut aller beaucoup plus loin dans le temps et trouver des dessins avec une ligne CLAIRE, ne serait-ce que Benjamin Rabier dans l’oeuvre duquel Hergé a énormément puisé. »

Alan Moore s’en tape

Alan Moore, la légende vivante à l’origine du renouveau de l’univers des comics, le scénariste de Watchmen et V For Vendetta, se fiche de la bande dessinée comme de son dernier shampoing, « les bandes dessinées ne m’intéressent plus tellement, je ne veux plus rien avoir à faire avec elles. », explique-t-il dans une interview au magazine Deadline. La BD s’est embourgeoisée, selon Alan. « C’était un média destiné à l’origine à la classe ouvrière et aux enfants. » Avec l’invention par l’industrie du roman graphique, poursuit-il, elle s’adresse aujourd’hui à la classe moyenne. La BD social-traître ? 

Techniques de Tanz!

Maurane Mazars, l’autrice de Tanz! parle technique dans Bodoï : « Je travaille avec des pastels aquarellables qui ont l’avantage de sécher vite et donc d’apporter un aspect plus texturé. On a rapproché mon style de celui de Brecht Evens. Je comprends cette comparaison, mais ce n’était pas voulu. » Elle explique aussi le pourquoi de ses pleines pages silencieuses que l’on trouve dans l’album : « quand je lis des BD, je trouve souvent que ça va trop vite. Par ces images, je cherche à donner plus de temps et plus de silence.»

Cherchez les intrus

Jacques Audiard (Regarde les hommes tomber, Un prophète) vient de commencer le tournage de son nouveau film, Les Olympiades, inspiré de la bande dessinée d’Adrian Tomine, Les intrus. 

Catherine Meurisse, une femme, un lapin et un appareil génital

Catherine Meurisse, la première autrice de bande dessinée élue à l’Académie des beaux-arts, dans Le Monde daté du 5 octobre 2020 : « Charb avait déclaré un jour, à quelqu’un qui évoquait mon statut de femme à Charlie, que si j’avais été un lapin, j’aurais été embauchée quand même, car le principal était que je dessinais bien. Claire Bretécher disait qu’on ne dessine pas avec son appareil génital. On dessine, c’est tout ».

Monsieur Kox, vous n’avez rien à déclarer ?

Daniel Kox, le créateur de l’Agent 212, dans Actua BD : « On me parle souvent des Indésirables, alors qu’elle n’a existé que deux ans dans les pages du Journal Spirou avec seulement 108 gags. Une série que j’avais montré à Peyo et qu’il avait beaucoup appréciée. Mais je l’ai finalement arrêtée car j’avais le sentiment que je tournais un peu en rond, puis l’Agent 212 me prenait tout mon temps ». C’est vrai Daniel, ils deviennent quoi tes Indésirables ?

Peanuts 70

Le 2 octobre 1950 paraissait le premier strip des Peanuts dans 7 quotidiens américains (la crise de la presse on connaissait pas en 1950). Suivront 17 896 autres strips jusqu’en 2000, date de la mort du créateur Charles Schulz. Quasiment un strip par jour !

Régis Loisel, l’emmerdeur

Interview sympathique de Régis Loisel (La Quête de l’oiseau du temps, Magasin général), Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2003 (comme les militaires il faut, pour les artistes, citer leurs médailles après leur nom), dans le Berry Républicain (le quotidien que l’on lit à Bourges ou à la gare de Lyon avant de prendre le train pour Bourges. Ça vous arrive de voyager ? ). Le journaliste lui rappelle, élégamment, que cela fait 50 ans qu’il fait de la bande dessinée. Régis confirme et il ajoute « j’ai commencé à 20 ans. Ma première BD, c’était même à 19 ans. J’ai toujours voulu faire cela. C’était ça ou rien ou la drogue ». Mieux la BD que la drogue. Je dis ça sans jugement de valeur, mais dans une bibliothèque la BD ça fait plus joli. Il raconte également son travail actuel sur La Quête de l’oiseau du temps, « j’ai laissé tomber la Quête voici trente-cinq ans, mais même si je ne dessine pas, je suis souvent derrière les dessinateurs pour m’occuper de toute la partie graphique. Je suis un peu le gardien du temple. En gros, je suis un peu l’emmerdeur ». 

Adios, Quino

Quino, le dessinateur argentin, et créateur en 1964 du personnage de Mafalda, jeune fille qui ne cessait de s’interroger (et d’interroger les adultes) sur l’absurdité du monde, est mort ce 30 septembre 2020 à l’âge de 88 ans. « J’ai toujours voulu être dessinateur. J’y pensais déjà à l’âge de trois ans », répondait-il quand on lui demandait quand lui était venu l’envie de devenir dessinateur.

Et je Tanz avec elle…

C’est la jeune dessinatrice (et scénariste) de cette rentrée BD 2020 dont tout le monde dit le plus grand bien. Comme il y a les premiers romans, il y a les premiers albums BD (chez Le Lombard, l’éditeur ils disent roman graphique… tu vas voir qu’un jour chez Gallimard ils parleront pour la collection blanche de bande dessinée orthographiée), celui-là donc de premier album BD qui fait bruisser de paroles bienveillantes le petit monde de la BD, est dû au talent de Maurane Mazars et s’appelle Tanz !. Il sera possible de croiser Maurane le 13 septembre à la librairie parisienne Le Monte-en-l’air.