Le zizi à Cupidon

Le journal de Spirou (numéro 4319 du 20 janvier 2021) a rendu un hommage à Malik, l’auteur d’Archie Cash et Cupidon, disparu le 11 décembre 2020 dans l’incendie de sa maison. Son ami Mythic qui a travaillé avec lui sur Archie Cash rappelle cette anecdote savoureuse (si on peut dire) concernant un détail anatomique (si on peut dire également) de son personnage Cupidon. Nous sommes au festival BD d’Audincourt. « Nous avions mangé entre auteurs au McDo du coin, car Malik y avait réalisé des fresques consacrées à Cupidon. Il nous avait raconté qu’il y avait eu une polémique au sujet du zizi de Cupidon… Fallait-il le dessiner ou pas ? La question était remontée jusqu’au siège de McDonald’s aux Etats-Unis ! » Quel micmac pour un tout petit big mac !

À la tienne, Etienne (Davodeau)

Étienne Davodeau lève son verre aux auteurs. Dans un entretien donné au supplément Le Monde des vins (15 décembre 2020), il revient sur sa rencontre avec Richard Leroy, le vigneron au centre de son album Les ignorants (Futuropolis 2011) :

« Je ne sais pas si le terme « vin d’auteur » existe, comme on parle parfois de la « bande dessinée d’auteur », mais ce sont là des mecs qui « signent » leur vin. On ne boit pas un anjou quand on boit un vin de Richard : on boit un vin de Richard Leroy. »

Bilal par trois, le bon coup (de sang)

Casterman publie en janvier 2021 la trilogie de Bilal, Coup de Sang. Le volume regroupe les albums Animal’z, Julia & Roem et La Couleur de l’air. 280 pages pour 28 euros, pour ceux qui seraient passés à côté de ces trois beaux opus au moment de leur sortie, c’est l’affaire du siècle. Même si avec Bilal on aurait pu parler d’affaire de Fins de siècle (y’a une référence là-dessous… et ouais).

C’est Spiegelman qui l’a dit

« J’aime la bande dessinée. J’aime ce média. Et j’aime ce qu’on y fait depuis le 19e siècle et jusqu’à nos jours. Mais à un moment donné j’aimerais aussi que la bande dessinée ce soit aussi le média qui raconte autre chose que des petites histoires comiques ou des grandes histoires d’aventure. »

Art Spiegelman dans The Guardian

Vehlmann fait respirer Gazzotti

Expérimentation sympathique dans le Spirou 4306 (21 octobre 2020). Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, les auteurs de Seuls, se lancent dans un récit court, qui tout en faisant référence à leur série phare en est complètement détaché (vous me suivez ?). « J’avais besoin de m’octroyer une respiration, avec des histoires plus rapides à réaliser », explique Gazzotti au journal de Spirou. Ça s’appelle Souvenirs des limbes, le premier épisode tient sur un format exigeant et contraignant de sept pages. Vehlmann invoque Black mirror ou la Quatrième dimension comme références. Ce n’est pas tout à fait convaincant, sans être totalement pas convaincant (là aussi vous me suivez ?). 

Papa Sfar

Interview érythème fessier de Joann Sfar sur le site magicmaman au sujet de la paternité et dont on retient cette réponse de papa Sfar : « Je ne suis pas franchement un combattant. Mon quotidien, c’est faire des dessins, promener mon chien, jouer avec mon bébé et voir des amis de temps en temps. Pour comparer, je dirais que j’ai une vie de berger des Pyrénées, sauf qu’à la place de moutons, j’ai mes dessins. »

Mise au point à la ligne (claire)

Floc’h, le maître du trait évident et limpide, le dessinateur qui renouvelle après chaque coup de crayon la ligne claire, revient justement sur France Culture dans l’émission de Tewfik Hakem sur cette idée de ligne claire dont Hergé serait l’inventeur : « Cette expression de ligne claire m’énerve un tout petit peu. On essaie d’en faire un groupe artistique alors qu’il y avait très peu de points communs entre nous, excepté peut-être cette ligne. Mais cela me gêne parce que la ligne claire ne date pas de Hergé. On a l’impression qu’on nous la fait commencer à cette époque-là, mais on peut remonter beaucoup plus loin. Vous pensez bien qu’on peut aller beaucoup plus loin dans le temps et trouver des dessins avec une ligne CLAIRE, ne serait-ce que Benjamin Rabier dans l’oeuvre duquel Hergé a énormément puisé. »

Alan Moore s’en tape

Alan Moore, la légende vivante à l’origine du renouveau de l’univers des comics, le scénariste de Watchmen et V For Vendetta, se fiche de la bande dessinée comme de son dernier shampoing, « les bandes dessinées ne m’intéressent plus tellement, je ne veux plus rien avoir à faire avec elles. », explique-t-il dans une interview au magazine Deadline. La BD s’est embourgeoisée, selon Alan. « C’était un média destiné à l’origine à la classe ouvrière et aux enfants. » Avec l’invention par l’industrie du roman graphique, poursuit-il, elle s’adresse aujourd’hui à la classe moyenne. La BD social-traître ? 

Techniques de Tanz!

Maurane Mazars, l’autrice de Tanz! parle technique dans Bodoï : « Je travaille avec des pastels aquarellables qui ont l’avantage de sécher vite et donc d’apporter un aspect plus texturé. On a rapproché mon style de celui de Brecht Evens. Je comprends cette comparaison, mais ce n’était pas voulu. » Elle explique aussi le pourquoi de ses pleines pages silencieuses que l’on trouve dans l’album : « quand je lis des BD, je trouve souvent que ça va trop vite. Par ces images, je cherche à donner plus de temps et plus de silence.»

Cherchez les intrus

Jacques Audiard (Regarde les hommes tomber, Un prophète) vient de commencer le tournage de son nouveau film, Les Olympiades, inspiré de la bande dessinée d’Adrian Tomine, Les intrus. 

Catherine Meurisse, une femme, un lapin et un appareil génital

Catherine Meurisse, la première autrice de bande dessinée élue à l’Académie des beaux-arts, dans Le Monde daté du 5 octobre 2020 : « Charb avait déclaré un jour, à quelqu’un qui évoquait mon statut de femme à Charlie, que si j’avais été un lapin, j’aurais été embauchée quand même, car le principal était que je dessinais bien. Claire Bretécher disait qu’on ne dessine pas avec son appareil génital. On dessine, c’est tout ».

Monsieur Kox, vous n’avez rien à déclarer ?

Daniel Kox, le créateur de l’Agent 212, dans Actua BD : « On me parle souvent des Indésirables, alors qu’elle n’a existé que deux ans dans les pages du Journal Spirou avec seulement 108 gags. Une série que j’avais montré à Peyo et qu’il avait beaucoup appréciée. Mais je l’ai finalement arrêtée car j’avais le sentiment que je tournais un peu en rond, puis l’Agent 212 me prenait tout mon temps ». C’est vrai Daniel, ils deviennent quoi tes Indésirables ?

Peanuts 70

Le 2 octobre 1950 paraissait le premier strip des Peanuts dans 7 quotidiens américains (la crise de la presse on connaissait pas en 1950). Suivront 17 896 autres strips jusqu’en 2000, date de la mort du créateur Charles Schulz. Quasiment un strip par jour !

Régis Loisel, l’emmerdeur

Interview sympathique de Régis Loisel (La Quête de l’oiseau du temps, Magasin général), Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2003 (comme les militaires il faut, pour les artistes, citer leurs médailles après leur nom), dans le Berry Républicain (le quotidien que l’on lit à Bourges ou à la gare de Lyon avant de prendre le train pour Bourges. Ça vous arrive de voyager ? ). Le journaliste lui rappelle, élégamment, que cela fait 50 ans qu’il fait de la bande dessinée. Régis confirme et il ajoute « j’ai commencé à 20 ans. Ma première BD, c’était même à 19 ans. J’ai toujours voulu faire cela. C’était ça ou rien ou la drogue ». Mieux la BD que la drogue. Je dis ça sans jugement de valeur, mais dans une bibliothèque la BD ça fait plus joli. Il raconte également son travail actuel sur La Quête de l’oiseau du temps, « j’ai laissé tomber la Quête voici trente-cinq ans, mais même si je ne dessine pas, je suis souvent derrière les dessinateurs pour m’occuper de toute la partie graphique. Je suis un peu le gardien du temple. En gros, je suis un peu l’emmerdeur ».