C’est Michel Rabagliati qui l’a dit

« C’est vrai que c’est une série, Paul, même si moi je ne m’en rends pas compte. Ce n’est pas comme ça que je vois ça. Je raconte des choses quand j’ai quelque chose à dire. »

Michel Rabagliati, qui a remporté le prix de la série au festival d’Angoulême 2021, pour Paul à la maison (La Presse)

Accident (de chasse) à Angoulême

Festival de la bande dessinée d’Angoulême 2021, fin de l’acte I (il devrait y avoir un acte II en juin). La 48e édition du (si peu) festival a dévoilé ce vendredi 29 janvier son palmarès. Ce n’est pas encore l’accident industriel promis par les ravages de la pandémie de coronavirus sur nos manifestations culturelles, mais L’accident de chasse, des américains Landis Blair (dessin) et David L. Carlson (scénario) qui emporte le Fauve d’or, prix du meilleur album 2021. L’album est paru chez Sonatine, éditeur de littérature étrangère et policière que l’on croise rarement sur nos étagères BD. Globalement, c’est un palmarès très international que nous propose le (à peine) festival d’Angoulême, avec le québécois Michel Rabagliati, prix de la série pour Paul à la maison, ou encore le prix de la bande dessinée alternative à la revue finlandaise Kuti. (Palmarès complet)

Ce n’est qu’un au revoir

José-Louis Bocquet, le scénariste et directeur éditorial de la collection Aire Libre chez Dupuis depuis 2006, quitte l’éditeur pour se consacrer à son travail d’écriture. Un départ salué avec élégance par Dupuis et qui, à en croire le communiqué, ne serait pas totalement définitif : « Nous lui souhaitons évidemment le meilleur pour la suite et sommes certains qu’il nous accompagnera encore longtemps au travers de ses futurs ouvrages. »

Un sur cinq

Un livre sur cinq achetés en France est une bande dessinée ! C’est l’institut GFK qui le dit dans sa dernière étude sur la marché de la bande dessinée en 2020. Ce sont 53,1 millions d’exemplaires qui se sont vendus en 2020 pour un chiffre d’affaires de 591 millions d’euros, en hausse de 9% sur un an. Un marché BD qui se lit de plus en plus de droite à gauche, avec le Manga qui représente 42 % des ventes en volume (39 % en 2019). Et dire que Tintin ne s’est jamais rendu au Japon…  

On en parle à la récré

Hé les vieux, les mômes aussi lisent de la BD ! Le festival de la bande dessinée de Saint-Malo, Quai des Bulles, crée un prix BD jeunesse qui sera décerné par un jury de jeunes élèves des classes de CM1 et CM2. Cinq albums sont en compétition. Bien que je sois encore en CP, je vous donne mon préféré : Raowl, la Belle et l’Affreux, de Tebo (chez Dupuis).

Pour çà et là, le compte est (plutôt) bon

çà et là, l’éditeur indépendant spécialisé dans la bande dessinée étrangère, publie, et c’est devenu une (honnête) tradition depuis quelques années, ses chiffres de vente annuels. Une année 2020 qui ne ressemble à aucune autre. Seulement 7 titres publiés (contre 13 prévus) et un gros succès, avec Kent State, quatre morts dans l’Ohio, album de Derf Backderf qui s’est vendu à plus de 12 000 exemplaires en seulement 4 mois (de septembre à décembre 2020). Les ventes des 6 autres titres oscillent entre 500 et 4000 exemplaires. « Une bonne année, contre toute attente », analyse l’éditeur Serge Ewenczyk, avant d’afficher un optimisme prudent. « La grande question du moment est : que va t-il se passer en 2021 ? Pour l’instant, tout va bien (janvier a été bon), mais quid des mois à venir dans ce contexte qui reste incertain et en l’absence de grosses machines comme Kent State ? »

Dans la chambre (en bordel) de Ed Piskor

L’américain Ed Piskor, auteur de la saga Hip Hop Family Tree, va publier en mai 2021 chez Fantagraphics le premier opus d’une nouvelle série intitulé Red Room. Une histoire de meurtre dans la dark web et que Ed Piskor définit lui-même comme « une BD cyberpunk dont vous ne pourrez plus vous arracher une fois que vous aurez plonger vos yeux dans ce bordel ». Ed en rajoute une couche en avertissant qu’avec ce livre il va vraiment « repousser les limites ».

Le zizi à Cupidon

Le journal de Spirou (numéro 4319 du 20 janvier 2021) a rendu un hommage à Malik, l’auteur d’Archie Cash et Cupidon, disparu le 11 décembre 2020 dans l’incendie de sa maison. Son ami Mythic qui a travaillé avec lui sur Archie Cash rappelle cette anecdote savoureuse (si on peut dire) concernant un détail anatomique (si on peut dire également) de son personnage Cupidon. Nous sommes au festival BD d’Audincourt. « Nous avions mangé entre auteurs au McDo du coin, car Malik y avait réalisé des fresques consacrées à Cupidon. Il nous avait raconté qu’il y avait eu une polémique au sujet du zizi de Cupidon… Fallait-il le dessiner ou pas ? La question était remontée jusqu’au siège de McDonald’s aux Etats-Unis ! » Quel micmac pour un tout petit big mac !

First we take Paris !

Le québécois Philippe Girard a choisi la France, et Casterman, pour la sortie, en mars 2021, de sa biographie de Léonard Cohen, intitulée, Cordialement. Un gros album de 120 pages avec la ville de Montréal, dont est originaire le chanteur à la voix grave, « au centre du projet » comme le souligne Girard. Il confie aussi dans un entretien à Radio Canada : « Je l’ai vu dans le métro et la rue à Montréal, mais j’étais trop timide pour aller lui parler ». Léonard Cohen prenait le métro… comme vous et moi ! Enfin, moi surtout. Vous j’imagine que vous avez une grosse berline et un chauffeur.

Le comte est bon

Pré-publication dans le journal de Spirou du Patient A, second épisode de la série Champignac, de David Etien et des Beka (monsieur et madame au scénario). Dessin toujours très agréable d’Etien même si le jeune comte de Champignac ressemble de plus en plus à Groucho Marx. 

À la tienne, Etienne (Davodeau)

Étienne Davodeau lève son verre aux auteurs. Dans un entretien donné au supplément Le Monde des vins (15 décembre 2020), il revient sur sa rencontre avec Richard Leroy, le vigneron au centre de son album Les ignorants (Futuropolis 2011) :

« Je ne sais pas si le terme « vin d’auteur » existe, comme on parle parfois de la « bande dessinée d’auteur », mais ce sont là des mecs qui « signent » leur vin. On ne boit pas un anjou quand on boit un vin de Richard : on boit un vin de Richard Leroy. »

Bilal par trois, le bon coup (de sang)

Casterman publie en janvier 2021 la trilogie de Bilal, Coup de Sang. Le volume regroupe les albums Animal’z, Julia & Roem et La Couleur de l’air. 280 pages pour 28 euros, pour ceux qui seraient passés à côté de ces trois beaux opus au moment de leur sortie, c’est l’affaire du siècle. Même si avec Bilal on aurait pu parler d’affaire de Fins de siècle (y’a une référence là-dessous… et ouais).

Bonnes feuilles d’automne

La bande dessinée aussi a ses prix d’automne. Cette année, un seul lauréat a quasiment tout moissonné (si tant est qu’on ait jamais moissonné la moindre culture en automne). Trois prix (pour le prix de trois) pour Peau d’homme de Hubert (décédé en début d’année 2020) et Zanzim. Le Grand prix RTL de la bande dessinée 2020, le prix Landerneau de la BD, prix parrainé par les Espaces Culturels E.Leclerc et le prix Wolinski, prix à l’initiative du Point (l’hébdo). L’album est édité chez Glénat. Qu’apprends-je alors que je mettais un point final à cet article ? Peau d’homme vient de recevoir un quatrième prix, le Grand prix de l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée (ACBD). Maintenant il faut en laisser pour les autres…